VA N°28 – Dossier

Depuis le mois de janvier 2021, les prix des engrais sont en hausse constante. Le prix de la solution azotée a par exemple plus que doublé depuis 2020. L’offre est limitée face à une demande soutenue au niveau mondial. Décryptage d’un marché soumis à de fortes tensions.

La flambée des prix des engrais débute à fin décembre 2020-début janvier 2021 à cause des problèmes de disponibilités liés à la crise sanitaire. Les chaines de production arrêtées fin 2020 par manque de main d’œuvre ou de maintenance n’ont pas assuré la production ce qui a créé un manque face à une demande mondiale soutenue. A ces problèmes de disponibilités viennent s’ajouter des contraintes réglementaires telle que la taxe anti-dumping mise en place par la commission européenne depuis 2018 sur les importations de solution azotée originaire de Russie, de Trinidad et Tobago et des USA. Face à cette situation la Scara a anticipé ses achats dès le début de campagne. Sa stratégie a été d’assurer un bon taux de couverture malgré la hausse des marchés compte tenu du manque de disponibilités.

En octobre 2021, les cours des engrais battent des records historiques de hausse. La Chine, qui est l’un des plus gros exportateurs d’urée, restreint ses exportations pour protéger son marché, ce qui réduit encore davantage les disponibilités d’urée sur le marché mondial et donc maintient les prix à des niveaux élevés. Les États-Unis limitent également les importations de DAP (phosphate d’ammonium) pour protéger leur marché, entraînant une inflation du DAP à l’échelle mondiale.

En novembre 2021, l’envolée des cours de l’énergie, pétrole et gaz, font monter les coûts de fabrication des engrais azotés, tout comme ceux des transports. Certaines unités de production d’engrais en Europe, en Amérique du Nord et en Chine se retrouvent encore à l’arrêt. La tension sur le gaz imposée par la Russie, principal fournisseur, maintient en surchauffe les prix. Tous les types d’engrais sont impactés, engrais azotés, ammonitrate, urée, solution azotée, directement liés aux cours du gaz pour leur fabrication.

En décembre 2021, les USA et l’UE imposent de nouvelles sanctions en interdisant de travailler avec la Biélorussie, principal fournisseur de potasse en Europe, les accusant d’alimenter l’immigration illégale aux frontières avec l’UE, ce qui n’arrange pas la situation. La potasse et le phosphore montent en flèche.

En janvier 2022, un léger décrochement du prix de l’urée fait espérer une future baisse. Les niveaux des tarifs toujours très élevés freinent les prises de position. Les prix des autres produits ne suivant pas, cet événement restera un épiphénomène.

En février 2022, l’invasion de l’Ukraine par la Russie vient encore plus dérègler le marché. Les échanges avec la Russie étaient déjà perturbés par la taxe anti-dumping et la géopolitique. Cet événement va encore plus limiter les échanges. Les pays comme la Grande-Bretagne ou les USA qui commerçaient autrefois avec la Russie et la Biélorussie sont amenés à se tourner vers la Lituanie, principal fournisseur de l’UE.

En mars 2022, les acteurs du marché restent prudents, suspendus aux éventuels signaux de baisse. Cette campagne engrais s’annonce encore plus compliquée que celle de 2021 car elle va débuter avec des prix plus élevés. La problématique du prix est bien présente : quand acheter alors qu’il est possible que le marché reparte à la baisse ?

Un marché des engrais mondialisé rythmé par la fluctuation des prix

Deux types de fournisseurs opèrent sur le marché mondial : les producteurs et les tradeurs. Le marché mondial est dirigé par le marché de l’urée, l’engrais azoté le plus consommé au monde. Le plus gros acheteur d’urée, l’Inde achète par millions de tonnes.

Sa flambée sur le marché international résulte des restrictions de disponibilités à l’export, mises en place pour différentes raisons par les principaux pays producteurs, comme la Russie, la Chine et l’Egypte notamment, et d’une demande forte de l’Inde, bien que non complètement satisfaite.

Pour les formules d’engrais communes comme la solution azotée ou l’urée, ce sont les tradeurs qui achètent l’engrais aux pays exportateurs et le revendent ensuite sous la forme d’appels d’offres. Cette spéculation sur les prix joue sur les prix des autres formules.

Pour les engrais plus travaillés comme l’ammonitrate 33,5, ils sont directement proposés par les producteurs. Trois fabricants proposent chaque mois des volumes définis en ammonitrate 33,5. Les volumes sont limités par les capacités de productions.

Un pouvoir de négociation grâce à notre union d’achats AREA

En début de campagne, les 18 coopératives de l’union AREA (Alliance Régionale Est Appro) établissent un prévisionnel des volumes dont elles auront besoin. Les volumes et les prix sont négociés par AREA auprès des tradeurs et des producteurs pour répondre à l’ensemble de ces besoins. En fonction des négociations, chaque semaine AREA propose aux coopératives des lots disponibles à acheter. Les années les plus compliquées comme cette année, les lots sont proposés pendant seulement 1 à 2 heures. Le prix pour ces lots est alors valable un temps très court et à un instant T pour un lot défini. Il est donc impossible d’avoir un prix défini pour toute l’année.

Pour garantir l’équité, AREA a mis en place une clé de répartition entre les différentes coopératives adhérentes selon l’historique de l’année précédente. Plus il y a de demandes sur une référence, plus la clé de répartition est importante.

En négociant de gros volumes pour l’ensemble des coopératives adhérentes, notre union d’achat AREA dispose d’une force de négociation non négligeable auprès des fournisseurs pour pouvoir bénéficier des prix et des volumes. La Scara, de par sa taille, peut apparaitre comme un micro acteur sur le marché des engrais nationaux. Cependant, sa participation active au sein d’AREA permet à la Scara d’avoir un vrai poids sur les évolutions des tarifs en participant à des groupes de négociations stratégiques, plus particulièrement sur la solution azotée et le késérite.

Toutes les coopératives de l’union AREA quelle que soit leur taille ont besoin de cette massification pour peser dans les négociations.

Une nouvelle règlementation sur les engrais précurseurs d’explosifs suite à l’explosion au port de Beyrouth

L’Union européenne a adopté, le 20 juin 2019, un nouveau décret sur les précurseurs d’explosifs (n° 2019/1148) visant à limiter l’accès des particuliers à des produits chimiques dans un but de sécurité publique. Ce décret est applicable à effet rétroactif à partir du 1er février 2021.

Les principaux objectifs de ce règlement sont d’encadrer strictement la vente, la réception et l’utilisation des « précurseurs d’explosifs » par les professionnels (agriculteurs) et par les particuliers et de veiller à la déclaration appropriée des transactions, des disparitions et vols tout au long de la chaîne de distribution. Cela concerne des engrais dont la teneur en azote issu du nitrate d’ammonium est supérieure à 16%, acide nitrique, peroxyde d’hydrogène et acide sulfurique qui sont interdits à la vente au grand public. Une déclaration relative à l’usage ou aux usages spécifiques d’un précurseur d’explosif faisant l’objet de restrictions est désormais nécessaire pour les agriculteurs.

La Scara doit ainsi s’assurer avant de vendre ces produits que l’acheteur est un utilisateur professionnel et a les autorisations nécessaires : SIRET de l’exploitation, présentation de la carte d’identité, le chef d’exploitation doit venir en personne, etc. De plus, la traçabilité doit être garantie aussi bien par la Scara que par l’acheteur, et toute disparition, perte, vol doit être déclaré aux autorités. La coopérative doit également déclarer toute personne ayant un rapport avec l’azote, depuis l’assistante jusqu’au chauffeur ou au responsable de secteur, laquelle doit avoir été formée et être habilitée.